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ELECTRICITY | NUCLEAR

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Les revers d'EDF plombent la relance du nucléaire en Europe 

(Montel) Les récents déboires d'EDF dans son projet de construction de deux réacteurs EPR de nouvelle génération au Royaume-Uni assombrissent les perspectives de la relance du nucléaire en Europe, ont déclaré des experts à Montel.

Une dispute entre Paris et Londres sur qui doit débourser GBP 6-8 milliards (en valeur 2015) pour les nouveaux surcoûts du chantier de Hinkley Point C (HPC) ternit l'image de l'industrie nucléaire, à l'heure où les nations pro-nucléaires européennes cherchent à promouvoir l'énergie atomique dans la lutte contre le changement climatique, selon plusieurs experts.

La mise en service du projet HPC pourrait être retardée de jusqu'à quatre ans et les coûts d'achèvement sont désormais prévus entre GBP 31 et 34mds, selon les annonces d'EDF le mois dernier.

Les problèmes d'Hinkley soulignent la « lente descente aux enfers » de l'industrie nucléaire française, a déclaré à Montel Jean-François Raux, ancien directeur d’EDF et délégué général de l’Union française de l’électricité (UFE).

« J'ai de furieux doutes sur la capacité d'EDF à construire davantage de réacteurs », a-t-il dit, soulignant les retards et surcoûts des nouvelles constructions en France, en Finlande et au Royaume-Uni.

En effet, le démarrage de l'EPR de Flamanville d'ici mi-2024 était « très tendu », EDF devant encore soumettre des documents de conformité, a déclaré la semaine dernière le directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le projet accuse déjà douze ans de retard.

Selon une source proche du dossier chez EDF, l'entreprise pourrait même se retirer de HPC, bien que ce scénario ne soit pas le plus vraisemblable. « Le conseil d'administration n'a pas signé un chèque en blanc pour Hinkley, il s'est à peine engagé à financer le projet pour 2024 », assure-t-il.

Menace sur la relance du nucléaire
Le programme français de relance de l'atome prévoit la construction de six EPR2 en France pour un coût estimé à EUR 52mds. Une première paire de réacteurs est prévue à Penly, dans le nord-ouest du pays d'ici 2035-2037.

Toutefois, ces ambitions sont menacées par les difficultés rencontrées sur le site d'Hinkley, ont dit les experts.

« Le problème est que nous devrons lancer les travaux de construction de deux réacteurs pressurisés européens à Penly, alors que nous continuons à injecter des milliards dans HPC », a estimé la source chez EDF. « Il y aura forcément des plâtres à essuyer et des compétences à retrouver », a-t-il ajouté, notant que les EPR de Penly rencontreront « inévitablement des difficultés ».

Florence de Bonnafos, chargée de campagne chez Greenpeace, souscrit à ces propos, estimant que le projet de relance du nucléaire d'EDF est irréaliste compte tenu des dernières estimations de coûts pour les deux réacteurs de HPC.

« C'est quand même un peu compliqué de nous faire croire qu'on sera capable de faire six réacteurs pour le même budget que deux réacteurs en Grande-Bretagne », a-t-elle dit.

Le glissement de calendrier du projet de HPC fait suite à des informations selon lesquelles le partenaire chinois d'EDF, CGN, s'est retiré du financement du projet, laissant un trou de GBP 1 md par an.

Ce problème pourrait avoir une incidence sur le financement de l'autre projet nucléaire phare prévu par le Royaume-Uni à Sizewell C, une coentreprise entre le gouvernement britannique et CGN. EDF, endetté à hauteur de EUR 65mds, devrait prendre une décision finale d'investissement l'été prochain.

Décisions politiques
Le sujet du financement est au cœur d'un bras de fer entre les gouvernements français et britannique, Paris reprochant en partie au Royaume-Uni d'avoir gelé ses relations diplomatiques avec la Chine.

Ailleurs, en République tchèque, où EDF a déposé une offre pour la construction de quatre réacteurs, les responsables pourraient être tentés de choisir le concurrent coréen KHNP, ont dit les analystes.

« Le principal problème est que les décisions prises sont plus politiques qu’industrielles », a déclaré la source d'EDF. « Personne ne pensait qu'on ferait HPC et Flamanville dans les temps donnés. C'était du flan. »

En outre, M. Raux note une absence de responsabilisation au sein d'EDF. « Dans d'autres secteurs, lorsque les choses tournent mal, les dirigeants sont remplacés », a-t-il affirmé.

Ceci est la première partie d'un article en deux volets consacré aux perspectives de développement du nucléaire dans l'UE.

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