Photo @Yarm_Sasha, Shutterstock.com

ELECTRICITY | GAS

3 temps de lecture

Usines françaises ralentissent à cause des prix de l’énergie

(Montel) La flambée des prix du gaz et de l'électricité oblige certaines entreprises en France à réduire leur activité, tandis que d'autres prévoient de ralentir leur production cet hiver, ont déclaré des industriels à Montel.

Confronté à la réduction de ses marges, le groupe de fertilisants Yara a diminué sa production d’ammoniac en Europe de 40%, notamment dans son usine près du Havre (Seine-Maritime). La durée de cette mesure « dépendra de l’évolution des prix du gaz naturel », a précisé la responsable de la communication, Josiane Kremer.

En Alsace, Philippe Heimburger, PDG des pâtes alimentaires Grand’Mère, estime le surcoût lié à la hausse des prix de l’énergie à « deux ou trois centimes par kilo de pâtes » produites. Cela « remet en cause des projets d’entreprise », dit-il, sans plus de détails.

Quand l’énergie explose alors qu’elle représente 15-20% des coûts de revient, « où trouver des marges de manœuvre pour investir dans la réduction des émissions ? », s’interroge de son côté Olivier Riu, du syndicat Copacel des papetiers.

« Avec un prix [de l’électricité] de base à EUR 175/MWh cet hiver, certains industriels nous disent clairement qu’ils vont étendre leur période de maintenance et/ou arrêter leur activité sur des périodes de pic [de prix de l’électricité] », a déclaré à Montel Gildas Barreyre, de l’Uniden, qui regroupe les industries les plus consommatrices d’électricité, comme la chimie, l’agro-alimentaire, l’automobile ou la papeterie.

« Certains des plus électro-intensifs ont déjà étendu leur maintenance cet été », a-t-il ajouté, sans vouloir citer de noms.

Les contrats d’électricité du quatrième trimestre et de 2022 s’échangent à la bourse EEX autour de EUR 174/MWh et EUR 109/MWh, respectivement, contre environ EUR 46/MWh en début d’année. Dans le même temps, le prix TTF du gaz naturel pour l’hiver a quadruplé pour dépasser EUR 73/MWh.

Un milliard d’euros en 2022

La hausse des prix de l’électricité devrait coûter « environ EUR 1 milliard » aux électro-intensifs pour 2022, « soit une augmentation d’un tiers de leur facture d’électricité », d’après M. Barreyre.

Ces entreprises se couvrent largement par des contrats à long terme et de l’électricité nucléaire vendue par EDF au prix fixe Arenh de EUR 42/MWh, mais elles achètent en moyenne 20% de leurs volumes au prix de gros, selon leur association. Une proportion qui devrait grimper à 40% en 2025 en raison d’une demande accrue et de la limitation du volume total d’Arenh à 100 TWh/an.

L’électricité représente en moyenne 20% des coûts de revient des membres de l’Uniden (jusqu’à 35-40% pour certains), qui en consomment 70 TWh par an, sur 115 TWh pour toute l’industrie, précise l’organisation. Ils consomment aussi 70 TWh par an de gaz, sur un total de 445 TWh l’an dernier en France.

« Au pied du mur »

« Des sociétés se retrouvent au pied du mur. Elles auront beaucoup de mal à maintenir leur activité cet hiver », déplore Frank Roubanovitch, président du CLEEE, qui réunit des entreprises moins énergivores que celles de l’Uniden, notamment dans le transport, l’agro-alimentaire ou la grande distribution.

Si les membres du CLEEE ont couvert en moyenne 50% de leurs besoins énergétiques, beaucoup ne sont qu’à 25%, surtout des entreprises de taille moyenne, qui ont tendance à acheter d’une année sur l’autre, selon lui.

« Elles ont attendu la fin de l’hiver faute de visibilité sur leur carnet de commande après la crise du covid l’an dernier, puis elles ont attendu que les prix retombent après le printemps, et elles se retrouvent avec presque tout leur volume à couvrir en 2022. »

Les industriels demandent au gouvernement de porter le plafond de l’Arenh à 150 TWh, « au moins pour 2022 », précise M. Roubanovitch, et de prévoir des contrats d’approvisionnement électrique de long terme à prix compétitifs avant l’expiration du mécanisme d’Arenh à la fin 2025.

Cependant, le gouvernement a refusé jusqu’ici d’augmenter le volume ou le prix de l’Arenh, faute d’obtenir l’accord de la Commission européenne.

« Si les prix restent aussi élevés, ça va poser des problèmes (…) de compétitivité pour les industriels. En Asie, la tonne de CO2 est à EUR 9 [contre plus de EUR 60/t en Europe, ndlr]. Cela pourrait pousser à des délocalisations », alerte le PDG de Vattenfall France, Henri Reboullet.