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Industriels, fournisseurs éreintent la nouvelle régulation

(Montel) Les fournisseurs d’électricité et industriels français ont vilipendé mardi la nouvelle régulation du nucléaire, la jugeant « illisible » et « moins protectrice » que le mécanisme actuel.

Le gouvernement et EDF se sont accordés pour que l’ensemble de la production électrique d’origine nucléaire soit vendue à une moyenne de EUR 70/MWh à partir de janvier 2026, lorsque l’actuel mécanisme de l’Arenh prendra fin. 

« Le nouveau mécanisme est nettement moins protecteur, il ne correspond pas du tout à ce que le président [Emmanuel Macron] avait promis, c’est à dire, un mécanisme qui assure un prix de vente proche des coûts de production », a dit à Montel Frank Roubanovitch, président de la CLEEE, qui représente les entreprises énergivores.

Géry Lecerf, président de l’AFIEG, qui regroupe les fournisseurs alternatifs, dénonce également un système « décorrélé » des coûts complets du nucléaire, évalués par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) à EUR 60,7/MWh.

La nouvelle régulation vise à assurer une stabilité des prix pour maintenir la compétitivité industrielle et garantir à EDF des marges suffisantes pour investir dans de nouveaux moyens de production, a dit le ministre de l’Economie Bruno Le Maire lors d’une conférence de presse.

Elle viendra remplacer le mécanisme actuel de l’Arenh, qui oblige actuellement l’électricien public à vendre 100 TWh par an de production nucléaire à ses concurrents à EUR 42/MWh.

Le gouvernement et EDF ont dit s’appuyer sur des modélisations de prix à 15 ans, en tenant compte du mécanisme de captation et de redistribution et de la conclusion des contrats de gré à gré (PPA) ainsi que des contrats à moyens à terme.

« Je ne vois pas comment on arrive au prix de EUR 70/MWh alors que les barèmes sont entre  EUR 80/MWh et EUR 110/MWh sauf à faire des contrats long terme à EUR 50/MWh pour une partie significative des volumes, ce qui est à priori exclu du point de vue du droit à la concurrence », a-t-il souligné.

Toutefois, pour M. Lecerf, il est impossible de réaliser des projections de prix sur long terme.

Le nouveau dispositif a, en revanche, été mieux accueilli par la FNME-CGT, qui a longtemps dénoncé l’Arenh. « Ça permet une prise de conscience collective que les prix de l’électricité doivent mieux refléter les couts de production », a dit à Montel Virgine Neumayer, représentante syndicale FNME-CGT, précisant que le syndicat soutenait, malgré tout, une sortie du marché « spéculatif » de l'électricité.

« Illisible »

Les fournisseurs et les industriels pointent également du doigt un système « illisible », les acteurs étant dans l’obligation d’attendre la fin de l’année pour connaitre le montant qui sera reversé.« Ça ne nous apporte aucune visibilité à nous, industriels, pour fixer nos prix de vente pour pouvoir investir », s’insurge M. Roubanovitch.

Les fournisseurs et industriels misent sur une consultation publique des acteurs du marché et des parlementaires du dispositif, qui pourrait démarrer en fin de semaine, pour mettre leurs arguments dans la balance.

Toutefois, M. Roubanovitch et M. Lecerf estiment que les principaux paramètres ont déjà été décidés. 

« En revanche, ça doit passer au parlement et nous, on va faire une explication de texte aux parlementaires et on va leur montrer l’écart béant entre les assertions des ministres et la réalité et les parlementaires prendront leur décision de valider ou pas ce projet », a-t-il dit. 

M. Lecerf prévient que l’AFIEG « sera très réactive pour s’assurer que le droit de la concurrence sera respecté ».  « Et on a des forts doutes là-dessus », conclut-il.