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Le projet russe Arctic LNG 2 risque de nouveaux retards

(Montel) Le nouveau projet russe Arctic LNG 2 risque de subir de nouveaux retards car les sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine rendent incertaine l'installation d'une troisième unité de liquéfaction de 6,6 millions de tonnes par an (9 milliards de mètres cubes), a déclaré le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.

« D'après ce que je comprends, ils sont prêts à installer le deuxième train [de liquéfaction] [mais] le troisième train est en pause », a déclaré M. Pouyanne mercredi en présentant les résultats annuels de l'entreprise.

Le projet Arctic LNG 2, en Sibérie occidentale, devrait posséder une capacité de 19,8 Mtpa (27 Gm3) répartie entre trois trains (unités) de liquéfaction de 6,6 Mt, et devait initialement commencer à exporter du gaz naturel liquéfié (GNL) l'an dernier.

Mais selon les médias russes, la première expédition de GNL ne devrait pas avoir lieu avant mars, au lieu de ce mois-ci comme annoncé par le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak.

Ce retard est dû au temps nécessaire au méthanier qui devait charger la cargaison pour rejoindre le site depuis la Corée du Sud, où il se trouve actuellement, selon le quotidien russe Kommersant.

En attendant, le premier train, qui produit du GNL depuis l'an dernier, a probablement été arrêté car les réservoirs doivent être pleins, estiment des analystes interrogés par Montel.

Par ailleurs, certains jugent peu probable que ce terminal alimente l'Europe.

Pas pour l'Europe
Le mois dernier, TotalEnergies, avec d’autres investisseurs, a déclaré un cas de force majeure pour Arctic LNG 2 en raison des sanctions des États-Unis, précisant qu’il n’effectuerait aucun enlèvement de GNL de ce projet cette année.

Arctic LNG 2, auparavant présenté comme un succès de la coopération russo-occidentale, ne dispose plus désormais que d’un « marché limité », l’Europe n’en faisant plus partie, a déclaré M. Pouyanné.

Laura Page, analyste principale chez Kpler LNG, partage ce point de vue. « Personne ne va en acheter en Europe », dit-elle, ajoutant que la région ne souhaite pas augmenter ses importations de GNL de Russie.

Les sanctions empêchent les partenaires dans le projet d'enlever ce gaz liquide après le démarrage de la production, explique Mehdy Touil, expert du GNL au cabinet canadien Solaris Management Consultants, qui a travaillé pour le projet Yamal LNG (17,4 Mt/24 Gm3) de Novatek en Sibérie.

En revanche, l'Europe pourrait toujours recevoir des livraisons spot, selon lui, car « il n'y a pas de sanctions sur le GNL russe en tant que produit et la formulation [des sanctions] contre Arctic LNG 2 est plutôt vague ».

« Vous ne pouvez pas enlever de cargaisons au terminal, c'est clair, et aucun des acheteurs ne pourra sécuriser ses volumes à long terme, mais je pense que des livraisons spot à l'Union européenne restent possibles en utilisant des méthaniers russes [chargés à partir de] la barge de stockage qui sera bientôt mise en service », ajoute l'expert.

Arctic LNG 2 est détenu à 60% par Novatek, plus gros producteur de GNL de Russie, tandis que TotalEnergies, les sociétés chinoises CNPC et CNOOC ainsi que le consortium Japan Arctic LNG possèdent chacun 10%. Toutefois, l’énergéticien français détient une participation totale de 21,6% en incluant ses 19,4% dans Novatek.

(Actualise l'article publié à 13h06 CET avec les commentaires d'analystes.)